
Le cinéma n’a jamais été un simple divertissement. En République Démocratique du Congo, durant la période coloniale (1917-1960), le 7ᵉ art constituait un puissant outil d’encadrement, soumis à une censure stricte. Pour éclairer cette mémoire méconnue, nos seniors de la cellule ASJ de Debonhomme ont partagé leurs souvenirs d’enfance avec Engelart Willems, chercheur doctorant belge.
Une Collaboration Scientifique et Mémorielle
C’est avec un grand honneur que l’ONG Amitié Seniors et Jeunes (ASJ) a accueilli Engelart Willems, historien et doctorant à l’Université de Gand (UGent) et à l’Université Libre de Bruxelles (ULB). Actuellement à Kinshasa pour conduire sa thèse sur la censure cinématographique en RDC sous la colonisation, le chercheur s’est appuyé sur l’expertise de notre organisation pour aller à la rencontre des témoins de cette époque.
Les échanges se sont déroulés dans notre cellule de Debonhomme, en présence remarquable de Monsieur Neré de l’Institut National des Archives du Congo (INACO). La modération, la traduction et l’interprétation ont été assurées par Darwin Mumete, journaliste, secrétaire et chargé de communication de l’ASJ.
De la Mission Catholique au Premier Écran : Les Témoignages de Venda et Euphrasie
Pour nos seniors Venda et Euphrasie, le tout premier contact avec la toile blanche s’est fait bien loin de la capitale. Ayant grandi au village avant de s’installer à Kinshasa, leur culture cinématographique de jeunesse tenait en une seule œuvre : le film sur la vie de Jésus.
Senior Venda s’est remémorisée les séances de projection organisées par les sœurs religieuses à la mission catholique de Mwilambongo, dans le territoire d’Idiofa. Senior Euphrasie a partagé des souvenirs similaires vissés à la mission catholique de Kisanji. En milieu rural colonial, l’écran était avant tout un instrument d’évangélisation et de cadrage moral contrôlé par l’Église.
Kinshasa, la Censure et l’Impact de Django : Le Récit de Jean Towela
En grandissant et en se rapprochant des centres urbains, l’accès au cinéma changeait de visage, révélant une ségrégation bien marquée. Jean Towela, autre senior membre de l’ASJ originaire du village de Djolu dans la province de l’Équateur où il se rappelle avoir vu un documentaire sur l’exploitation du caoutchouc , a apporté un éclairage fascinant sur les réalités de la capitale.
C’est en 1969, à l’âge de 16 ans, qu’il débarque à Kinshasa chez son oncle à la Gombe, alors appelée Kalina. Il témoigne de la régulation stricte des salles de projection : pour voir un film, il fallait quitter la Gombe et se rendre dans les communes de Bandalungwa ou Kintambo. Certains films étaient strictly réservés aux Blancs, d’autres aux adultes. La plage horaire de 13h à 17h était dédiée aux enfants, tandis que la soirée était réservée aux grands.
Jean Towela se souvient notamment du raz-de-marée des films de western, en particulier du mythique Django, dont le style et l’attitude ont profondément marqué la culture des jeunes kinois de l’époque.
L’ASJ : Transmettre l’Histoire à travers la Parole de nos Aînés
À travers les récits d’Euphrasie, Venda et Jean, l’enquête d’Engelart Willems démontre la valeur inestimable de la mémoire orale. L’histoire du cinéma au Congo ne s’écrit pas seulement dans les archives écrites, mais aussi dans les souvenirs vivants de nos aînés.
L’ONG Amitié Seniors et Jeunes (ASJ) réaffirme ainsi son engagement : offrir un espace où le savoir des seniors devient une lumière pour la recherche, la jeunesse et la préservation du patrimoine national.
L’équipe de l’ASJ adresse ses plus vifs remerciements à Engelart Willems pour sa démarche socioculturelle, à M. Neré (INACO) pour sa présence institutionnelle, ainsi qu’à nos seniors pour leur précieuse générosité.
